Mon voyage en Chine par Jean-Loup Trassard, président d'honneur des Reflets du cinéma

"Attaquer un problème par le mauvais bout, voilà qui est désastreux." (Confucius)

Important pour un occidental, le voyage en Chine, et depuis longtemps. Aussi personnages politiques et auteurs s’empressent-ils de dire qu’ils reviennent de Chine. Ils n’ont pas envoyé de cartes postales, ils auraient eu l’air de s’étonner eux-mêmes d’être en Chine, non, ils doivent mentionner leur retour sur le même ton que « j’étais hier à Bordeaux », c’est cela qui impressionne l’auditoire.

Au contraire, j’ai coutume d’envoyer de nombreuses cartes postales quand je voyage dans les environs, mettons de la Sicile à la Flandre, et je suis prêt à vous parler de mon voyage en Chine, enfin… pour l’instant des préparatifs de ce voyage. Parce que non seulement c’est grand mais c’est loin, la Chine, en conséquence, je ne crois pas anormal que les préparatifs soient plus longs que si je devais partir… à Bordeaux justement.


In The Mood For Love de Wong Kar-wai


Puis-je d’abord remonter à l’époque où, mes études terminées, j’ai tenté de séduire une jeune chinoise à Paris ? Grâce à un bouquet de fleurs déposé chez sa logeuse, j’ai réussi à l’emmener faire un tour en voiture. Elle se nommait Lana Pih, chinoise américaine. Pourquoi pas ? Mais au retour de promenade elle a fait une déclaration : « Ce que je n’aime pas chez les garçons français c’est qu’ils veulent toujours se coucher ». Comme en effet mon intention était d’explorer incontinent son Asie, je l’ai conduite devant sa porte et jamais rappelée. Plus de patience m’aurait offert un début.

Non, le vrai début de mon voyage ce sont les quelques pages de Claudel dans Connaissance de l’Est sur la moisson en Chine. Voilà, précisément, ce que je voudrais voir mais, Claudel ayant écrit ce livre entre 1895 et 1905, ai-je encore une chance d’assister prochainement à de semblables scènes agricoles ? Je ne me suis pourtant pas lancé tout de suite dans la lecture de La pensée chinoise par Marcel Granet acheté en 1968 dès qu’un éditeur a mis en livre de poche cette copieuse étude du sinologue sur la sagesse chinoise, d’abord parue en 1934. Mais j’ai visité plusieurs fois le Musée Guimet, séduit surtout par les chevaux en terre cuite, moulés sous la dynastie des Han, ou celle des Tang presque mille ans plus tard. La terre de Chine, celle des champs, c’est ce que je voudrais toucher, comme j’ai touché, non sans émotion, la terre de Russie.

Car j’ai lu Victor Ségalen, jeune médecin (et grand écrivain !) qui parcourait la Chine il y a aujourd’hui cent ans à cheval et en jonque. Il photographiait également. Et si Briques et tuiles, le récit poétique de son voyage, montre l’immense pays où se dressent portes monumentales, ponts, stèles et animaux de pierre, il fait encore mieux ressentir les montagnes où le sentier s’éboule tant la roche s’effrite et les plaines surchauffées où la route s’enfonce dans la terre jaune.

Quand le Chargé du Livre et des Bibliothèques au Ministère des Affaires Etrangères m’a assuré qu’il était prêt à me subventionner pour un voyage en Chine (à regret je l’ai vu partir en retraite !), mon fils m’a offert une immense carte de l’Orient Extrême au milieu de quoi la Chine est vraiment vaste. «Un artisan qui veut faire du bon ouvrage doit d’abord aiguiser ses outils» aurait affirmé Confucius (oui, c’est aussi ce que me disait le sabotier du Bourgneuf-la-Forêt) et s’il y a un outil premier pour le voyageur c’est bien la carte, n’est-ce pas. J’y ai erré pendant quelque temps, où faut-il aller ? Par chance, l’ami d’un ami, rencontré au Salon du Livre, qui a vécu en Chine, s’est offert pour me conseiller. Seulement quelque temps après il y a eu de graves inondations en Chine, qui ont entraîné, selon les journaux, la peste et le choléra. J’ai alors décidé d’attendre un peu.


Zhang Ziyi


Depuis… ah bien, oui, du temps a passé. Je suis seulement allé voir In the mood for love, le film de Wong Kar-wai, magnifique, encore que ce ne soit pas la Chine des campagnes qui seule m’attire. Bizarrement, quelques jours après, mon ostéopathe, avenue Kléber, m’a dit « vous avez manqué une très jolie femme, l’actrice Zhang Ziyi, elle vient juste de partir ! » Voilà nos vertèbres égrenées sur la même table !

Je reconnais qu’il faudrait me décider. C’est l’avion qui m’ennuie. Je dois étudier les possibilités d’aller par le train, cela va encore me retarder. Depuis trop longtemps je parle de ce voyage et n’avance guère, or d’après Confucius, c’est un peu gênant, « L’honnête homme est lent à la parole et prompt à l’action ! ». On va finir par se moquer, me chiner, comme on dit dans notre patois. Mais vous connaissez le proverbe chinois : si la grenouille commence à regarder la lune…
Reflets du cinéma chinois
du 15 mars au 29 mars 2011

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