Sur un livre de photographies d’Abbas Kiarostami, par Jean-Loup Trassard

Le texte de l'intervention de Jean-Loup Trassard, le président d'honneur des Reflets du cinéma, lors de la soirée d'ouverture, le 10 mars 2009.


Ce livre, Pluie et vent, publié chez Gallimard, présente quatre-vingt-dix photographies étonnantes d’Abbas Kiarostami.

Dans nombre de ses films Abbas Kiarostami promène ses personnages en voiture au point de nous fatiguer, puis de nous intriguer car ses films sont assez énigmatiques et pour finir marquants, on ne les oublie pas.

Dans une interview, Abbas Kiarostami déclare qu’il aime sa propre voiture, d’une sorte d’affection, et qu’il apprécie beaucoup d’y monter pour quitter la ville, échappant ainsi aux contraintes diverses, aux ennuis peut-être dans la préparation d’un nouveau film. Alors il roule à l’aventure.

Ces photographies ont justement été prises à travers le pare-brise. « Une main sur le volant, l’autre sur mon appareil photo » dit-il. Mais alors que l’Iran est, dit-il encore, « baigné de lumière », il a pris ces photographies en couleur pendant des jours de tempête : le pare-brise est couvert de pluie, celle-ci parfois poussée en travers par le vent. Pas d’essuie-glace !

Ce qui apparaît, un peu de ciel, des routes et des arbres, des rues et des maisons, parfois les feux rouges des voitures devant, est donc totalement troublé par les traînées de pluie ou par les gouttes déposées en réseau très dense. Le résultat photographique se rapproche alors beaucoup de la peinture quand, chez certains peintres, Impressionnistes par exemple, la touche confirme qu’ils ont travaillé une matière liquide (disons semi-liquide). Ici, le jeu de mots facile serait de dire : peinture à l’eau mais, comme le jour est bas sous les tempêtes, les couleurs sont très sombres, éloignées de celles qu’on attribue à l’aquarelle.

En fait, Abbas Kiarostami n’a pas photographié à travers le pare-brise, il a photographié sur le pare-brise. Il est clair que le point a été fait sur les gouttes d’eau, qui sont très nettes, et pas à l’infini. C’est comme s’il se faisait projeter un film, depuis l’extérieur vers lui qui est à l’intérieur de la fameuse voiture, sur cet écran plus ou moins transparent qu’est le pare-brise et ce qu’il voit – ce qu’il photographie – n’est pas la simple réalité parce que l’image est travaillée, bien sûr au hasard, par la matière même de cet écran, l’eau qui s’écrase sur le verre.

Il semble que le cinéaste qui a l’habitude, lui, de projeter des images sur un écran se plaise à inverser le processus. Ce qui fait penser à l’un de ses derniers films, Shirin, dans lequel la caméra tourne le dos à un écran où est projeté une sorte de mélo moyenâgeux que nous ne voyons pas et capte seulement - mais magnifiquement - les visages, un à un, de plusieurs spectatrices du film et leurs émotions.

Un tel livre de photographies peut susciter bien des réflexions, comme tout le travail d’Abbas Kiarostami dont l’intérêt grandit à mesure qu’on croit commencer à le comprendre.




Jean-Loup Trassard
Reflets du cinéma iranien
du 10 mars au 24 mars 2009

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