Pas de repos pour les braves




Tout commence dans un café avec une scène anthologique, qui voit un jeune homme, Basile, disserter métaphysique existentielle devant son ami hébété et incrédule. Le garçon est perturbé et on le comprend : il a rêvé de Faftao-Laoupo ; une série d'images défilent sous ses yeux et lui annoncent qu'il est entré dans son avant-dernier sommeil. S'il a le malheur de s'endormir encore une fois, il mourra. C'est le déroutant point de départ à une intrigue magnifiquement foutraque, tout en digressions oniriques et surréalistes, dont on ne saurait en dévoiler plus, sous peine de déflorer l'effet de surprise provoqué par cet Ovni qui repousse encore un peu plus loin les frontières du non-sens au cinéma, dans un maelström chimérique et burlesque, néanmoins hanté par la conscience de la mort.

Alain Guiraudie est le représentant le plus charismatique et le plus remarqué (témoins ses deux moyens-métrages Ce vieux rêve qui bouge et Du soleil pour le gueux), d'une certaine tendance du cinéma français (avec Yves Caumon, Eugène Green, Philippe Ramos ou encore les frères Larrieu) à explorer des terres cinématographiques en jachère : la province comme cadre récurrent, une place importante accordée au rêve et à la fantaisie, la parole et le langage comme enjeux de mise en scène, une démarche esthétique souvent originale. Il réalise avec ce premier long une sorte de western initiatique dans un no man's land coloré, un road-movie imprévisible dans les méandres de l'inconscient, un conte fantastique et décalé libre de toutes contraintes narratives. Le spectateur assiste, ébahi, à la naissance d'un univers, qui ne pourrait être qualifié autrement que guiraudien (ou guiraudiesque ?), un film en train de se faire, ou TOUT est possible, un songe éveillé, incarné, lumineux et sublime, et qui hante l'esprit longtemps après la séance tant ce qui se joue ici relève autant du cinéma que du rêve. Ce n'est pas rien.

P.S.: Et si ce film c'était Faftao-Laoupo ? J'ai vu ce film il y a six mois et je n'ai pas osé fermer l'oeil depuis...

Yoan Le Blevec
France, 2003
1h50

Réalisation et Scénario : Alain Guiraudie
Photographie : Antoine Héberlé
Musique : Teppaz er Naz Orchestra
Interprètes : Thomas Suire, Laurent Soffiati, Thomas Blanchard, Vincent Martin, Pierre-Maurice Nouvel, Roger Guidone, Nicole Huc
Distribution : Haut et Court

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