Le Menteur
(Løgneren)




Le Menteur est l'adaptation (libre en ce qui concerne la fin) d'un roman danois de 1950 dans lequel un instituteur, célibataire, raconte ce qu'il vit pendant quatre jours dramatiques sur " sa petite île, Sando - île de vérité (en danois le "sand" (sable) veut dire aussi "vrai").

Sando, l'île de vérité

Elle est isolée depuis des mois par la glace, au moment où arrive le printemps - avec "moult embarras" - selon Johannes, le narrateur : tout bouge de nouveau dans la nature comme dans les coeurs des habitants. Notamment dans celui de la jeune et séduisante Annemari, fiancée d'un pêcheur mais amoureuse de Johannes, son ancien maître d'école. Pour l'aguicher, elle flirte avec un jeune ingénieur qui se trouve coincé par la glace et qui, contrairement à Johannes, moraliste et moralisant, ne se montre pas insensible à ses charmes.

On peut appeler Le Menteur une histoire d'amour comme tant d'autres, mais dans le fond, c'est justement le contraire : une histoire de manque d'amour véritable, car Johannes est menteur en ce sens qu'il prétend aimer ce qu'il n'aime pas - ou pas assez. C'est sans doute un roman, et donc un film éminemment danois. L'ombre de Hamlet plane sur le narrateur et personnage central : non seulement il réfléchit sur tout ce qu'il fait ou ne fait pas, mais il réfléchit aussi incessamment sur ses propres réflexions... A part cela, c'est un homme intelligent, cultivé, apprécié des insulaires, de ses élèves - et des femmes comme Rigmor, épouse du conseiller général, très prosaïque, attirée par ce solitaire "qui ne dit jamais ce qu'il pense" mais le dit très bien, chasseur passionné de la bécasse - proie mythique, symbole à la fois charnel et spirituel... Pour l'ingénieur, son rival, il est "un romantique qui fuit la réalité et le progrès. Un réactionnaire sympa qui sent la lavande"...

Le portrait d'un anti-héros qui doute

La raison principale du succès unique de ce roman au Danemark est peut-être que chacun se retrouve un peu dans le portrait de ce anti-héros qui se pose tant de questions (adressées habituellement à son chien fidèle, Pigro). Entre autres celle, pour lui très grave : est-il digne de son métier, digne de guider les enfants vers la vie (des) adulte(s) ? Lui, qui trahit en toute conscience ses idées les plus nobles sur l'humanité, et jusqu'à son meilleur ami, le fiancé de la belle Annemari, qu'il a secrètement souhaité mort, afin qu'elle soit libre... Lui qui, dans l'église, en tant que sacristain, parle de Dieu sans y croire ? Qui doute de tout, à commencer par lui-même ?

Décidément, ce Johannes Vig, né il y a un demi-siècle, est bien un homme moderne.
Danemark, 1970
1h45

Réalisation et scénario : Knud Leif Thomsen d'après une nouvelle de Martin A. Hansen
Interprètes : Frits Helmuth, Ann Mari Max Hansen, Ole Wisborg, Vigga Bro, Erik Wedersøe, Niels Hinrichsen

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