J'ai engagé un tueur
(I hired a contract killer)




Londres. Henri Boulanger, mène l'existence minable d'un employé aux écritures de la Compagnie royale des eaux. Il est désespérément seul, pas de femme, pas d'amis, des collègues qui l'ignorent. Licencié pour cause de privatisation, il touche le fond et décide de mettre fin à ses jours. Deux tentatives de suicide échouent et, pour plus d'efficacité, il décide d'engager un tueur à gages. En attendant l'exécution du contrat, Henri se rend au pub, se saoule, fume et tombe amoureux de Margaret. Henri veut annuler sa "commande"...

Une sobriété esthétique

A partir d'une idée assez mince et une mise en scène minimaliste, Kaurismaki réussit à nous toucher. Les docks et les quartiers pauvres de Londres forment une toile de fond où domine le gris crépusculaire des villes nord-européennes, où vit le réalisateur. La seule touche de couleur dans cette uniformité, c'est Margaret, la marchande de roses, qui vient bouleverser la morne vie d'Henri.

Des plans fixes, bressoniens, résument la situation à l'instar des cartons du cinéma muet. D'ailleurs, les personnages parlent peu, les dialogues sont des ponctuations anecdotiques dans une histoire lisible immédiatement. De même, les passages musicaux (Billie Holliday, Carlos Gardel, Joe Strummer des Clash) donnent une respiration humaine dans cet univers sans perspectives et les situations parfois purement gaguesques viennent en contrepoint de la sobriété (austérité ?) du tableau.

Le contrepied de l'humour

Peintre-maçon, apprenti dans une usine de papeterie, plongeur dans un restaurant, le septième art vient au secours de Kaurismaki. Il se lance dans le cinéma avec deux idées fixes : rendre hommage à ses copeins fauchés et à son jumeau français, Jean-Pierre Léaud, dont il copie tous les faits et gestes jusqu'à devenir son sosie.

Il montre dans ses films l'angoissant quotidien, l'univers de misère sociale et les faux espoirs des exclus.

Dans J'ai engagé un tueur, Kaurismaki pratique surtout l'humour noir et le goût de l'absurde. Tout est tourné en dérision dans des couleurs froides où Henri (J.-P. Léaud), taciturne et désespéré, est tour à tour drôle et émouvant. La poisse semble s'acharner sur lui, et pourtant, repris par l'instinct de survie, il va fuir son destin.

Le film prend sans cesse le spectateur à contre-pied, introduisant un effet comique là où il attend le drame, et inversement : alors qu'Henri constate le vide autour de lui, ce sont, paradoxalement, les tueurs qui l'entourent chaleureusement.

Qu'on ne s'y trompe pas, la froideur de Kaurismaki n'est apparente, son désir de filmer juste laisse la place à l'humour et la poésie, grâce notamment au personnage de Margaret, tout droit sorti d'un conte d'Andersen.
Finlande / France / Angleterre, 1989
1h15

Réalisation et scénario : Aki Kaurismaki
Interprètes : Jean-Pierre Léaud, Kenneth Colley, Serge Reggiani, Trévor Bowen
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Critique - cineclubdecaen.com

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