Breaking the waves




Une petite communauté austère et puritaine du nord de l'Ecosse assiste au mariage de Bess et de Jan. Après quelques jours de bonheur, les deux amants sont contraints à de douloureuses séparations. Jan travaille en mer du Nord sur une plate-forme pétrolière. Bess implore alors le retour de l'homme qu'elle aime dans de longues conversations avec Dieu. Son voeu finira par être exaucé de manière cruelle, puisque Jan est rapatrié d'urgence suite à un accident de travail qui le laisse hémiplégique. Cloué sur son lit d'hôpital, Jan demande alors à sa femme qu'elle ait des relations sexuelles avec d'autres hommes et qu'elle lui raconte son plaisir.

L'amour est un pouvoir sacré

Avec Breaking the waves, Lars Von Trier démontre que l'amour peut venir à bout de tout, de la bêtise humaine, de la maladie et conduite au miracle. Comme le russe Tarkovski avec Le Sacrifice, il élève, par delà la naïveté et l'utopie, l'amour jusqu'à l'idéal et compose un film à la fois bouleversant et plein d'espoir. Comme il est question de miracle, la religion est omniprésente et les références à Carl Dreyer ne sont pas loin. Comme dans Jour de colère, en effet, Lars Von Trier (élevé dans une famille athée) distingue dans ce film, le catholicisme simple et éclairé (celui de Bess) du catholicisme puritain des hommes d'Eglise. L'intolérance religieuse nourrit également le mélodrame et constitue l'un des obstacles que l'amour de Bess va rencontrer.

Un mélo où tout cloche

Après l'ultrasophistication plastique et narrative d'Europa (1991), la réalisation de Breaking the waves peut paraître bien conventionnelle, Lars Von Trier bouleverse pourtant les conventions du mélodrame. Afin d'éviter un romantisme pesant, il demande à Robby Müller, le chef opérateur attitré de Wim Wenders, de filmer caméra à l'épaule sans trop se soucier des angles de prise de vue et de la netteté. Le résultat est un style documentaire brutal qui conduit à un réalisme saisissant et nous ancre aux personnages, tous servis par des acteurs magnifiques. Les conventions du genre sont également bousculées par l'association paradoxale des images "gros grain" de Robby Müller, avec le format Cinémascope et un éclairage d'une grande beauté qui colle au cadre romanesque de cette région d'Ecosse. A l'image de celle de Dieu, la création de Lars Von Trier se divise en sept périodes dont le titre (La vie avec jan, Le sacrifice de Bess...) est annoncé en voix-off et en incrustation sur des chromos de paysages magnifiques à l'immobilité trompeuse. Comble de l'audace et/ou de l'ironie : ces chromos sont accompagnés par de standards pop des années 70 (deep Purple, Procol Harum, Leonard Cohen...) qui d'abord déstabilisent le spectateur, mais qui finalement s'intègrent parfaitement à l'ensemble. Lars Von Trier s'excuse malgré tout de n'avoir pas pu utiliser Stairway to heaven de Led Zeppelin qui aurait été, certes, de circonstance.
Danemark, 1996
2h40

Réalisation : Lars Von Trier
Scénario : Peter Asmussen, Lars Von Trier
Photographie : Robby Müller
Musique : Joachim Holbek
Interprètes : Emily Watson, Stellan Skarsgard, Katrin Cartlidge, Jean-Marc Barr, Adrian Rawlins, Jonathan Hackett, Sandra Voe, Udo Kier
Critique - cineclubdecaen.com
Critique - telerama.fr
Dossier - abc-lefrance.com
Lars von Trier - filmdeculte.com
Lars von Trier - sensesofcinema.com (Engl.)

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