Marche et rêve !
(Les Homards de l'utopie)




Depuis 1968, Toinou a toujours cru au "grand soir" et continue de se battre contre les injustices et plus particulièrement contre la délocalisation de son usine. Malgré la défaite, il garde son enthousiasme et propose à ses deux compères, Lespinasse et Bibi, d'ouvrir, avec une partie de leurs indemnités, un banc de fruits de mer. Victime pendant la pêche d'un accident, Toinou se voit dédommagé pour un handicap qui finit vite par s'estomper.

Entre la rude concurrence d'un supermarché et l'escroquerie à l'assurance, la première comédie de Paul Carpita met en scène une suite invraisemblable de quiproquos à l'issue incertaine. Le rire est donc au rendez-vous de ce film mais l'histoire de ce trio de copains qui tentent de survivre à leur licenciement est moins drôle qu'il n'y paraît. En effet, Paul Carpita sait parfaitement la fragilité des utopies tout en nous enjoignant de ne jamais y renoncer. Le nouveau film de Paul Carpita est un film lucide, généreux et enthousiasmant.

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Paul Carpita

Paul Carpita est un grand censuré de l’histoire du cinéma français, dont l’envie de faire des films fut muselée par le gouvernement de l’époque.

En 1953, il tourne à Marseille Le rendez-vous des quais, son premier long métrage inspiré d’une dure grève des dockers qui protestaient en 1950 contre l’envoi de matériel militaire en Indochine. Lors des premières projections, la police s’empare de la copie du film, dont l’interdiction d’exploitation est proclamée. Le film est déclaré détruit. On ne retrouvera sa trace qu'en 1990, dans les archives de Bois d'Arcy. Le film qu’on a appelé depuis le " chaînon manquant " de l’histoire du cinéma français, impressionne d'abord par son style caméra à l’épaule, qui tranchait véritablement à l’époque avec le courant réaliste poétique prédominant. Carpita mêle à ses images des reportages " contre-actualités ", réalisés sous l’égide du groupe Cinépax, qu’il fonda à la Libération. Le rendez-vous des quais a donc aussi cette vertu de témoignage documentaire sur le militantisme communiste des années d’après-guerre, Carpita l’humaniste s’intéressant avant tout à la vie quotidienne des petites gens, avec le regard attentif d’un amateur de cinéma enthousiaste.

Pendant les 40 ans qui ont suivi la disparition de son film, Carpita est redevenu instituteur et a continué à tourner de 1957 à 1970 une série de nouvelles cinématographiques dont La Récréation, court métrage émouvant où un plombier, réparant une fuite d’eau dans l’école où il était enfant, se replonge dans ses souvenirs d’époque. Paul Carpita, hanté également par le passé, trouve enfin il y a quelques années, l’opportunité de pallier à ses frustrations de cinéaste et de réaliser un second long métrage, Les sables mouvants (Projeté en Mayenne à l’occasion des Reflets du cinéma méditerranéen en 1999), aujourd’hui sorti en salles. Le scénario du film, bien qu'écrit dans les années 50, trouve un écho troublant dans la situation sociale contemporaine, dans une société honteuse de ses sans-papiers, creusant les inégalités. Dans la Camargue de 58, Manuel le personnage principal du film, se retrouve mêlé à un convoi de travailleurs espagnols saisonniers employés pour travailler dans des rizières. Il obtient bientôt la confiance de Roger, figure paternelle autoritaire qui cache ses origines immigrées, puis se lie d’amitié avec Mouloud, gentil garçon dont la tête ne tourne plus très rond et flirte avec Mado, encore bouleversée par le souvenir de ses parents, morts dans des sables mouvants.

« Servir ce qui est devant l’objectif au lieu de le dominer, et ne jamais rendre la caméra plus importante que les gens ! " : ce credo signé Ken Loach s’applique immédiatement à Paul Carpita dont il est évident qu’il ne faut pas attendre de sa part à des circonvolutions stylistiques pour parler de l’homme aujourd’hui, de son éventuel asservissement, de sa soumission comme de sa rébellion. Carpita filme à hauteur d’homme.

Willy Durand
France, 2002
1h40

Réalisation, scénario et dialogues : Paul Carpita
Photographie : François Kuhnel, Gérald Dumour
Musique : Vladimir Cosma
Interprètes : Daniel Ruso, Roger Souza, Guy Belaïdi, Mireille Vitti, Ludivine Vaillat, Daniel San Pedro
Distribution : Pierre Grise

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