Le Mépris


A Rome, Fritz Lang tourne une adaptation de "L'Odyssée" pour un producteur américain, Jeremy Prokosh. On demande à Paul Javal, scénariste célèbre, de revenir travailler certaines scènes moyennant une rallonge financière. Ce dernier hésite.

Pendant ce temps, Camille qui est venue rejoindre son mari Paul, fait des avances au producteur. Elle déclare bientôt à Paul qu'elle ne l'aime plus. Elle lui reproche sa veulerie, et d'être prêt à prostituer son talent. Finalement elle part avec Prokosh...

"Le Mépris est un film simple et sans mystère, film aristotélicien, débarrassé des apparences, Le Mépris prouve en 149 plans (176 après montage) que, dans le cinéma comme dans la vie, il n'y a rien de secret, rien à élucider, il n'y a qu'à vivre et à filmer" (Jean-Luc Godard)

"Le sujet du Mépris est de regarder ce qui s'est passé dans un couple, non pas pendant des années comme dans le cinéma des scénaristes mais pendant un dixième de seconde, celui précisément où le décalage a lieu, où la méprise s'est installée pour la première fois. Ce dixième de seconde, à peine visible à l'œil nu, où les vitesses ont cessé d'être synchrones. Encore une affaire de montage : revenir sur la coupe pour trouver l'accord ou le désaccord. Et dans cette enquête sur un sentiment, il nous faudra revenir plusieurs fois sur le lieu du crime sur cette scène sans drame où Camille monte pour la première fois dans la voiture de Prokosch qui démarre d'abord lentement comme au ralenti, puis d'un seul coup en trombe devant Paul qui ne sait quelle vitesse adopter. Et il ne faut pas s'étonner si cette enquête passe par L'Odyssée qui est aussi une affaire de trajectoire, de tours et de détours, de vitesses différentielles. La crise que Paul traverse c'est celle de quelqu'un qui s'affole car il n'arrive pas à trouver la bonne vitesse et qui se met à bouger par saccade dans tous les sens. Le pathétique du personnage, c'est qu'il cherche à fixer des sentiments avec des mots et que dans son affolement de ne pas arriver à comprendre (là où il n'y a sans doute rien à comprendre avec des mots qui ne renvoient qu'à eux-mêmes, mais tout à regarder, ce que Camille sait mieux faire que lui comme le prouve ce dialogue où il lui demande : "pourquoi tu as l'air pensive ?" Et où elle lui répond : "c'est parce que je pense, imagine-toi"), il se heurte précisément aux apparences, à la surface des choses où il n'a pas la patience, ni la sagesse de chercher la vérité. Dans cette précipitation à comprendre, il va se heurter à l'inertie de Camille qui sait elle que l'amour passe par une attention à la surface, comme le montre la fameuse scène d'ouverture aux masques et aux remparts dont s'entoure Jérémie Prokosch et à la sagesse suprême de Fritz Lang qui est celle des dieux, à la fois ironique et bienveillante, totalement réconciliée." (Alain Bergala)
France, 1963
1h43

Réalisation et scénario : Jean-Luc Godard d'après le roman de Alberto Moravia
Photographie : Raoul Coutard
Musique : Georges Delerue
Interprètes : Brigitte Bardot, Jack Palance, Fritz Lang, Michel Piccoli, Georgia Moll
Distribution : Ciné Classic
Analyse du générique du film
Compte-rendu du livre de Marc Cerisuelo sur le film - cndp.fr
Compte-rendu du livre de Marc Cerisuelo sur le film - latransparence.fr
Critique - cineclubdecaen.com
Godard : dossiers pédagogiques et parcours cinéma - centrepompidou.fr
Site Godard - ecrannoir.fr

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