Les Glaneurs et la glaneuse


Dans un vieux dictionnaire Larousse, Agnès Varda va chercher la définition des mots glaner (« ramasser après la moisson ») et glaneur (« celui ou celle qui glane »). Aussitôt elle l’associe à la toile « Les Glaneuses », par François Millet, exposée au Musée d’Orsay. Puis elle part sur la route, en quête des différentes façons de décliner ce mot.

Pour Josiane, une paysanne méridionale, « glaner, c’est l’esprit d’antan », pour d’autres il s’agit de « se baisser, mais pas s’abaisser ». À Arras, la cinéaste découvre « La Glaneuse », de Jules Breton, et se portraiture en glaneuse d’images. Dans un champ de la Beauce, tandis que la cueillette des pommes de terre bat son plein, M. Legendre, un producteur, explique que les légumes hors norme sont rejetés sans pitié. Mais ils sont récoltés en masse par les citadins. Édouard Loubet, chef-cuisinier dans le Lubéron, raconte son goût du glanage, hérité d’une tradition familiale. Quant à la Bourgogne, la tradition séculaire du grappillage (glanage de ce qui pend, la vigne) y est désormais bannie, les propriétaires invoquant « la protection de leur capital ». Mais quelle est la position du droit français sur le sujet ? Dans un champ de cardons, Maître Dessaud explique que, selon un édit du XVIe siècle, chacun a le droit de glaner pourvu que ce soit entre le lever et le coucher du soleil, une fois la récolte passée.

De retour d’un voyage à Tokyo, Agnès Varda regarde les images qu’elle a rapportées et s’amuse à se filmer, puis elle part à la rencontre de trois plasticiens d’art brut créant à partir de matériaux de récupération : Hervé, peintre et biffin ; Bodan Litnansky, auteur d’un Palais idéal, et Louis Pons. Sur l’île de Noirmoutier, l’ostréiculteur Alain Gendron et quelques glaneurs donnent tour à tour leur version du droit de glanage des huîtres. Jérôme Noël Bouton présente le musée qu’il a consacré à Étienne-Jules Marey, son arrière-grand-père, l’inventeur du fusil photographique. François L. explique qu’il se nourrit « 100 % poubelle depuis 10 ans », non par nécessité mais par éthique, tandis qu’Alain F. partage son temps entre le glanage sur les marchés parisiens et des cours d’alphabétisation qu’il dispense bénévolement.

Il y a sans doute en filigrane de l'autoportrait dans ce jeu de l'oie proposé par Agnès Varda, celui de la glaneuse d'images. Mais au travers de tous ces portraits tissés au fil de voyages dans la France entière c'est celui de notre société qui surgit peu à peu et qui nous amène à nous poser de nombreuses questions sur notre modèle social et nos modes de consommation.

Agnès Varda



Agnès Varda étudie à l'École du Louvre et à la faculté de lettres de Paris. Pendant 10 ans elle est photographe attachée au T.N.P. En 1954, elle se lance dans le cinéma sans aucune formation, avec un long métrage déjà annonciateur de la Nouvelle Vague : La Pointe courte. Elle invente la « cinécriture » : c'est de l'image que doit naître l'histoire et non l'inverse. Elle réalise alors Cléo de 5 à 7 (1961), Le Bonheur (1964), Les Créatures (1965), Loin du Vietnam (1967), Daguerréotypes (1975), L'Une chante, l'autre pas (1976). Le film qui la consacre demeure Sans toit ni loi (1985). On lui doit aussi un hommage rendu à son époux disparu, Jacquot de Nantes (1990), puis Les Cent et une nuits (1994), Les Glaneurs et la glaneuse (1999) et Les Plages d'Agnès (2008).).
France, 2000
1h22

Réalisation, scénario et commentaires : Agnès Varda
Photographie : Stéphane Krausz, Didier Rouget, Didier Doussin, Pascal Sautelet, Agnès Varda
Musique : Joanna Bruzdowicz
Interprètes : Agnès Varda, Édouard Loubet, M. Legendre, Maître Raymond Dessaud
Distribution : Ciné-Tamaris

Critique - cadrage.net
Critique - horschamp.qc.ca
Dossier - abc-lefrance.com
Dossier pédagogique CNC - site-image.eu
Entretien et critique - revue24images.com
Site d'Agnès Varda
Site du distributeur

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