Oh ! Uomo


Ce film sur l’après-guerre complète la trilogie exceptionnelle de Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi sur la première guerre mondiale, trilogie commencée avec Prigionieri della guerra (Prisonniers de guerre) et Su tutte le vette è pace (Sur les cimes tout est calme).

De l’emblème du totalitarisme à la souffrance physique individuelle, les réalisateurs, à travers cette représentation de la violence de l’homme chargée de rage au sortir de la guerre, entreprennent de faire un catalogue anatomique du corps blessé et portent leur attention sur les conséquences du conflit sur l’enfance, de 1919 à 1921. De la déconstruction à la recomposition artificielle du corps humain, ils cherchent à comprendre cette humanité qui se permet d’oublier et de répéter ces horreurs.

Les époux Gianikian prennent pour matériaux des films d’archives. Ils les cherchent dans les fonds les plus divers dans tous les pays du monde. Pour Oh ! Uomo, ils ont eu recours à des images de « gueules cassées » de la première guerre mondiale, provenant d’Autriche, d’Italie, de France et de Russie. Ils utilisent ces images d’une manière tout à fait singulière, à l’aide d’un appareil de leur invention (la « caméra analytique ») qui leur permet de les projeter dans leur état de dégradation physique, sans restauration, mais aussi de les transformer en les recadrant, en les ralentissant… Ils effectuent ainsi un véritable travail de mémoire, à travers le détournement d’images, participant initialement de la propagande de masse, et qui deviennent recentrées sur des tragédies individuelles (ce pianiste qui perd sa main droite et à qui des compositeurs écrivent des musiques pour la main gauche…) pour mieux révéler une portée humaniste universelle. « La violence de la première guerre mondiale n’est pas terminée. Nous avons été très choqués quand nous avons découvert ces archives. Elles sont en résonance avec aujourd’hui. » (Angela Ricci Lucchi)

“O Homme, qui discerneras dans cette œuvre qui est la mienne les œuvres merveilleuses de la nature, si tu penses qu’il serait criminel de la détruire, songe combien il est plus criminel encore de prendre la vie d’un homme ; et si celui-ci, dans sa forme extérieure, t’apparaît merveilleusement construit, rappelle-toi que ce n’est rien en comparaison de l’âme qui réside en cette structure ; car il s’agit vraiment d’une chose divine. Laisse-la donc résider en Son œuvre selon Sa volonté et ne laisse pas ta rage ou ta malveillance détruire une vie – car vraiment, celui qui n’estime pas la vie ne mérite pas lui-même d’en jouir. » (Leonardo da Vinci)

Antoine Glémain
Italie, 2004
1h11

Réalisation et montage : Yervant Gianikian, Angela Ricci Lucchi
Voix de la narratrice : Giovanna Marini
Musique : Luis Agudo, Giovanna Marini
Distribution : Museo Storico di Trento

Film présenté au festival de Cannes dans la Quinzaine des réalisateurs en 2006
Analyse (André Habib) - horschamp.qc.ca
Critique - humanite.fr
Dossier - festival-entrevues.com
Entretien - liberation.fr
Esthétique de l'archive (Sébastien Denis)
Fiche - cinemed.tm.fr
La Trilogie de la guerre - lemonde.fr

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