Ginger et Fred
(Ginger e Fred)


A l’occasion d’une émission spéciale pour les fêtes de fin d’année, la télévision italienne réunit pour un grand show un invraisemblable casting : une troupe de nains, un travesti visiteur de prisons, des sosies de vedettes américaines, un vieil amiral, un mafioso, une femme clamant être l’amante d’un extra-terrestre, un prêtre défroqué et bien d’autres.

Dans le lot, deux anciens partenaires de music-hall – Pipo (Marcello Mastroianni) et Amelia (Giulietta Masina) – se retrouvent après une séparation de trente ans. Ils doivent reprendre leur imitation de Ginger Rogers et Fred Astaire dans un numéro de danse et de claquettes. Mais ils ont vieilli et appartiennent à un autre monde, très différent de celui de la télévision.

Ce film, un peu sous-estimé dans la dernière période de l’œuvre de Fellini, est d’abord une critique féroce, et hélas prémonitoire, de la télé-poubelle, saisie non seulement dans sa bêtise et sa médiocrité, mais dans sa dimension totalitaire. « La télévision nous parle, impitoyablement, alors que nous sommes sans défense, parfois à notre insu. Elle nous transmet son message de vulgarité et de fausses valeurs, que nous la regardions tout en parlant au téléphone, en nous disputant ou en dînant sans échanger un seul mot. Le meilleur moyen de la regarder, c’est de dormir en même temps. Je crois que l’omniprésence du petit écran et de ses intérêts commerciaux constitue un danger pour une génération par trop disposée à laisser la télévision réfléchir pour elle et élever ses enfants. » (Federico Fellini)

Mais Ginger et Fred ne se réduit pas à une satire, il est aussi le portrait émouvant de deux personnages, Pipo et Amelia, qui n’ont jamais été eux-mêmes de grands artistes, mais relevaient de cet univers du music-hall, des guinguettes, des salles de quartier, de l’art populaire, dont le cinéma (et, en premier lieu, le cinéma même de Fellini) n’a cessé de se nourrir et qui disparaît avec le formatage télévisé. Dans ces rôles crépusculaires, Marcello Mastroianni et Giulietta Masina incarnent, non seulement les fantômes de Fred Astaire et Ginger Rogers, mais ceux de tous les rôles accumulés dans leurs carrières ; ils sont, l’un et l’autre, bouleversants.

Antoine Glémain
Italie, 1985
2h05

Réalisation : Federico Fellini
Scénario : Federico Fellini, Tonino Guerra, Tullio Pinelli
Photographie : Tonino Delli Colli, Ennio Guarnieri
Musique : Nicola Piovani
Interprètes : Giulietta Masina, Marcello Mastroianni, Franco Fabrizi
Distribution : Les Acacias
Critique - cineclubdecaen.com
Giulietta Masina à Cannes, 1955 - ina.fr
Site Fellini - cadrage.net

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