Ivre de femmes et de peinture
(Chihwaseon)




Le nouveau et 95ème film d'Im Kwon-taek s’inspire de la vie d'un peintre, « Ohwon » Jang Seung-up, du XIXème siècle ayant réellement existé. D'origine pauvre et vivant dans une période particulièrement trouble de l’histoire de la Corée, sa vie sera principalement constitué d’errances. Néanmoins son talent est très tôt remarqué par le maître Kim Byung-moon qui va l’aider à parfaire son art. « Ohwon » se retrouvera à l'Office de peinture de l'empereur mais s’avérera incapable de créer quoi que ce soit dans ce cadre. Audace majeure, il désobéit à l’Empereur mais sera épargné par ce dernier grâce à son immense talent…

L'histoire, assez classique, n’en est pas moins exemplaire. En effet, « Ohwon » est d’abord un jeune homme possédant beaucoup de talent mais incapable de créer son propre style, qui ferait de lui un artiste unique. Lorsqu’il aura inventé son style, il ne se souciera pas de la reconnaissance et ces errances s’expliquent par sa volonté de remettre continuellement en cause son art, d’interpréter continuellement la manière dont il ressent le monde. Mais ce que montre principalement le film, c’est que l’art d’ « Ohwon » n’est possible que parce qu’il est un corps qui désire. Ce sont en effet l’ivresse, les femmes et le désir de vivre intensément qui permettent ses plus grandes œuvres.

Willy Durand

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Avec cette biographie haute en couleurs d'un peintre coréen de la fin du XIXème siècle, Im Kwon-taek échappe à la représentation académique, esthétisante et figée de la peinture, souvent en vigueur au cinéma. Cela n'empêche pas son film d'être formellement très abouti avec plans savamment élaborés, travellings limpides et lyrisme chatoyant par un flot de couleurs flamboyantes, qu'elles soient naturelles ou picturales. Si, au début, le contexte historique et artistique impénétrable et la narration obscurément elliptique peuvent dérouter, celle-ci adhère au personnage survolté et conflictuel du peintre : à l'image de la composition des toiles, le film hésite, tâtonne, bifurque, progresse par petites touches, quitte à susciter quelques longueurs. Par ailleurs, le cinéaste excelle à cerner les contradictions et les complexités de l'artiste, comme Artiste universel et intemporel : à la fois le souci d'être à l'avant-garde et celui de ne pas se couper des goûts communs, le besoin de reconnaissance et la complaisance dans le statut de génie maudit et incompris, la source d'inspiration comme objet de désir, la fuite dans la recherche du plaisir alliée à une extrême exigence de soi-même. Tout cela donne un beau film qui culmine lors d'un final incandescent où le peintre communie avec son art.

Yoan Le Blévec
Corée, 2001
1h57

Réalisation : Im Kwon-taek
Scénario : Kim Young-oak, Im Kwon-taek
Photographie : Jung Il-sung
Musique : Kim Su-yeon
Interprètes : Choi Min-sik, Ahn Sung-ki, You Ho-jeong, Kim Yeo-jin, Son Ye-jin
Distribution : Pathé

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