Le Goût de la cerise
(Ta'm e guilass)




"Le fardeau que nous avons à trimballer partout devient insupportable, l'existence nous défie comme un examen impossible à réussir. Aussi se met-on en quête du chemin de la liberté, même quand on sait que c'est une fausse route." (Jean Améry - Porter la main sur soi / Actes Sud)

Dans la banlieue de Téhéran, M. Badii, au volant de sa voiture, erre à la recherche de la personne qu'il pourrait impliquer dans son suicide. En effet, le scénario imaginé par M. Badii est particulièrement singulier, puisque cette personne devra venir au matin constater ou non le décès et l'ensevelir si nécessaire. M. Badii est-il aussi déterminé qu'il en a l'air ?

Ce film est une oeuvre profonde, sans début véritable et sans fin ; c'est un voyage continu, une quête, sans point de départ et sans arrivée.

On ne peut qu'être frappé par le visage de M. Badii. Un homme mustérieux, déterminé et en même temps profondément bouleversé. Abbas Kiarostami a choisi un personnage à la limite. C'est un quadragénaire qui se situe à un tournant de son existence, entre jeunesse et vieillesse, "l'âge le plus dangereux" et "celui des remises en question" selon Kiarostami. C'est un individu qui se doit d'éprouver sa liberté, et donc la possibilité du suicide, seule à même "de résister à la nation et à Dieu" (Abbas Kiarostami). M. Badii se pose aussi la question de son identité. Le cosmopolitisme est une réalité de l'Iran d'aujourd'hui. Cosmopolitisme incarné dans le film par les deux premières rencontres de M. Badii. Le premier est Kurde et soldat, le second Afghan et séminariste. Kiarostami en évoquant ces deux situations nous renvoit à deux problèmes géo-politiques particulièrement tragiques et au sein desquels l'Iran continue de jouer un rôle plus que contestable. M. Badii n'a donc que des raisons profondes de tout remettre en question, même sa propre existence.

L'enjeu dans Le goût de la cerise, c'est la liberté mais aussi la mort. Les trois personnages que rencontrent M. Badii entretiennent avec elle une relation précise. Le premier en tant que soldat pouvant être impliqué dans une guerre, le second métaphysiquement en tant que séminariste et le troisième en tant que taxidermiste, chargé donc d'empailler des animaux en tâchant de les conserver avec l'apparence de la vie.

Le troisième personnage, un vieillard, est sans doute le plus important. En effet, c'est un homme pour lequel la vie a repris un sens au moment même où il allait se suicider. A. Kiarostami développe là son argument selon lequel c'est parce que la fin de toute vie est tragique qu'il faut tâcher d'en jouir. Il s'inspire du poète iranien Omar Khayyan pour lequel "les vivants doivent se confronter à tout moment à la mort pour aimer l'instant présent." (A. Kiarostami)

Abbas Kiarostami

Né à Téhéran (Iran) en 1940, A. Kiarostami a étudié les Beaux-Arts, réalisé de nombreux films publicitaires, conçu des affiches et des génériques de films dessiné des livres pour enfants. Depuis 1969, il travaille pour un institut se consacrant aux enfants. Outre divers courts métrages, il réalise en 1974 son premier long métrage, Le Passager.

il fur découvert en France à l'occasion du festival des 3 continents à Nantes avec Où est la maison de mon ami ? (1987). Suivront ensuite Devoirs du soir (1989), Close up (1990), La Vie continue (1991), et Au travers des oliviers (1994).

Willy Durand
Iran, 1997
1h39

Réalisation et scénario : Abbas Kiarostami
Photographie : Homayon Payvar
Interprètes : Homayoun Ershadi, Ahdohossein Bagheri, Afskin Khorshidhakhtari, Safar Ali Mordi, Mir Hossein Noori

Palme d'or Cannes 1997

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