La Petite Venise
(Io sono Li / Shun Li and the Poet)


Shun Li travaille dans un atelier de confection tenu par la mafia chinoise dans la banlieue de Rome. Elle espère obtenir bientôt l’argent et les papiers pour rembourser son voyage et faire venir en Italie son fils de huit ans qu’elle a laissé en Chine.

Du jour au lendemain, ses employeurs la transfèrent à Chioggia, en Vénétie : elle devient serveuse dans une osteria fréquentée par des pêcheurs et des retraités de ce petit port de la lagune. Parmi les habitués du lieu, Bepi, la soixantaine, venu de Yougoslavie il y a plus de trente ans, se prend d’amitié pour Li.

Malgré la barrière de la langue et la différence d’âge et de culture, Li et Bepi partagent leur expérience de la solitude et de l’exil, et leur goût pour la poésie : Bepi, que ses compagnons surnomment « le poète », improvise des vers ; Li célèbre la mémoire de Qu Yuan, un poète « dissident » et exilé de l’Antiquité qui se suicida par noyade, en déposant sur l’eau, comme le veut la tradition, des lumignons flottants entourés de pétales de fleurs.

Mais cette histoire d’amitié amoureuse n’est pas du goût de certains des amis de Bepi, ni de celui des chefs de la communauté chinoise dont dépend l’avenir de Li…

Première œuvre de fiction du documentariste Andrea Segre (né en 1976 et originaire de Vénétie), La petite Venise est un beau film humaniste, généreux, poétique et réaliste à la fois ; la symbolique de l’eau et du feu et la douceur de la « belle histoire » ne masquent pas la violence du réel : la situation précaire et l’exploitation des immigrés, la bêtise menaçante du racisme et de la xénophobie.

La photographie est magnifique : lumière, visages, paysages ; le piano mélancolique semble faire écho aux mouvements de la lagune ; les acteurs sont justes et émouvants, notamment Zhao Tao, la fidèle interprète des films de Jia Zhang-ke (de Platform à I Wish I Knew, en passant par Plaisirs inconnus, Still Life…), et Rade Šerbedžija, célèbre comédien de l’ex-Yougoslavie (il est né en 1946 et on a pu le voir par exemple en « Mr. Mlidic » dans Eyes Wide Shut, de Stanley Kubrick, en 1999).

Alain Le Foll
Italie, 2012
1h50

Réalisation et scénario : Andrea Segre
Photographie : Luca Bigazzi
Musique : François Couturier
Interprétation : Zhao Tao, Rade Šerbedžija, Marco Paolini
Distribution : Haut et Court
Critique - cinema.nouvelobs.com
Critique - cinemas-utopia.org
Critique - francetv.fr
Dossier - commeaucinema.com
Site du distributeur

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