Vidéos dans les villages
(Video nas aldeias)



On ne les entend guère, ces voix des habitants originels de l'Amérique latine menacés de disparition ou d'acculturation. Pourtant, du Chiapas à l'Amazonie, les Indiens luttent, s'organisent et veulent parler au monde. Depuis bientôt vingt ans, les Indiens d'Amazonie interviennent pour défendre leurs droits et leurs terres auprès des instances gouvernementales brésiliennes et d'organisations internationales comme l'ONU. En mai 2003, à l'invitation de l'association de défense des peuples indigènes Survival et de la Fondation Cartier, Davi Kopenawa, shaman et leader d'une tribu Yanomami, est venu à Paris parler de la lutte de son peuple pour la sauvegarde de la forêt amazonienne. Un film documentaire, La Maison et la Forêt, réalisé par l'anthropologue allemand Volkmar Ziegler, a été présenté à cette occasion. Ce film que l'administration brésilienne a tenté de confisquer à la fin du tournage retrace à travers les paroles des Yanomami l'invasion de leur territoire par les chercheurs d'or, la spoliation et l'ethnocide de fait qui a failli aboutir à l'extinction complète de leur tribu. Il sera projeté dans le cadre des reflets 2004 en présence du réalisateur et de Jean-Patrick Razon, directeur de la section française de Survival.

Dans le film de Volkmar Ziegler, les voix yanomami s'élèvent pour dénoncer les tromperies de l'homme blanc et dire leur vision du monde face à la caméra "transparente" et hautement respectueuse d'un cinéaste européen. Dans les productions de l'ONG brésilienne Video nas aldeias (Video dans les villages), ce sont les indiens d'autres ethnies du Matto Grosso et de l'Amazonie qui réalisent des films eux mêmes. Guidés par des formateurs venus de la ville, Vincent Carelli et Mari Correa, deux cinéastes férus d'anthropologie, ils se sont emparés avec une étonnante maestria du medium video.
En accord avec Video dans les villages, nous avons sélectionné trois de ces films. Nos ancêtres, les Zo'é (22 min) relate avec humour la rencontre d'Indiens "occidentalisés" (et donc habillés) avec des Indiens qui vivent encore nus dans leur village reculé. Une journée au village (40 min), réalisé par six indiens des tribus Waimiri et Afroari, propose avec une fraîcheur de ton incomparable de partager le quotidien d'un village de l'Amazonie. Le dernier film, Des enfants Ikpeng s'adressent au monde (35 min) primé dans de nombreux festivals internationaux, a été réalisé par des enfants Ikpeng qui présentent aux "autres enfants du monde" leur mode de vie et leur vision de l'univers. Une mise en scène ludique et hautement tonique.
Ces documents exceptionnels - et exceptionnellement simples dans leur facture-, porteurs d'espoir, de joie de vivre et de poésie, battent en brèche les idées reçues sur les peuples "premiers" et leur capacité à s'exprimer. En notre basse époque de replis identitaires, ils ouvrent un espace de communication entre les cultures totalement nouveau, exemplaire et salutaire, sinon salvateur.

Pierre Guicheney
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