Je suis un no man's land


Un chanteur, Philippe, est, à la suite d’un concert, littéralement kidnappé par une groupie bien allumée qui veut l’enfermer dans sa maison. Effaré par tant d’attachement, il s’échappe et se réfugie dans une forêt où il rencontre une ornithologue farfelue, énigmatique et attirante.

Continuant son chemin, il se retrouve au matin, toujours en costume de scène, dans la cour d’une ferme « en pays inconnu » alors que c’est la ferme de ses parents.

C’est le « no man’s land » du titre : sans attaches, étranger aux normes et aux codes. Parti depuis cinq ans, les retrouvailles se font lentement, pudiquement. A l’instar d’un ami d’enfance insistant, tous semblent le retenir là car, à chaque fois qu’il veut reprendre sa tournée, la voiture de son père le ramène à la place du village.

Il faut se laisser porter par la fantaisie, l’humour burlesque, l’humour né du décalage, que favorise une musique planante signée par un certain Philippe Katerine. A cet aspect fantaisiste, s’ajoute un aspect dramatique traité avec pudeur et subtilité : si la voiture revient sans cesse, c’est peut-être que Philippe a des comptes à régler. Se pose la question humaine par excellence du rapport aux parents : rapport à la mère (Aurore Clément, fantomatique et lumineuse) ; rapport au père (Jacky Berroyer, émouvant et juste). Cette comédie déjantée réserve d’étonnants moments d’émotion, de poésie et de douceur.

Thierry Jousse brouille allégrement les frontières identitaires. Ancien critique, ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, il réalise ici son deuxième long métrage après Les Invisibles (2005). Il a été aussi acteur dans le film de Philippe Katerine, Peau de cochon, en 2003. Avec Je suis un no man’s land il nous propose une fiction autour d’un chanteur qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un célèbre chanteur qui est aussi sa propre fiction. Enfin, le choix de J. Berroyer dans le rôle du père est troublant d’appartenance et le metteur en scène pousse la complicité jusqu'à mettre une mobylette dans la cour de la ferme, cet engin qui nous fait penser immanquablement au livre dont J. Berroyer est l’auteur : « J’ai beaucoup souffert de ne pas avoir de mobylette ». Un film réjouissant.

Jacqueline Tonin
France, 2010
1h35

Réalisation : Thierry Jousse
Scénario : Thierry Jousse, Jérôme Larcher, Camille Taboulay
Photographie : Olivier Chambon
Musique : Daven Keller
Interprètes : Philippe Katerine, Julie Depardieu, Aurore Clément, Jackie Berroyer, Judith Chemla, Jean-Michel Portal
Distribution : Sophie Dulac Distribution

Séances organisées en partenariat avec le Festival des 3 éléphants qui accueille Philippe Katerine en concert à Laval le 20 mai.
Critique - cineclubdecaen.com
Dossier - commeaucinema.com
Philippe Katerine - katerine.free.fr
Site du distributeur

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