L'Etranger en moi
(Das Fremde in mir)


Rebecca et son ami Julian, la trentaine, attendent leur premier enfant. À la naissance du petit Lukas, leur bonheur s’annonce complet. Pourtant, Rebecca ne ressent pas l’amour qu’elle était censée éprouver et, bientôt, elle ne sait plus du tout où elle en est, jusqu’à pouvoir représenter un danger pour son enfant.

Avec son deuxième long métrage, la jeune réalisatrice franco-iranienne Emily Atef, qui est née et réside en Allemagne, propose « le portrait d'une femme qui tombe dans une crise et dont le monde s'écroule ».

Tout en voulant éviter de s’enfermer dans le « film de maladie », elle réussit d’abord à mettre en images avec justesse un trouble « connu » (la dépression postnatale) mais difficile à décrire, parce que celle qui en souffre ne parvient généralement pas à l’exprimer, et parce que son entourage même le plus proche ne s’en rend pas forcément compte, comme c’est le cas, au début, de Julian dans le film : « montrer filmiquement une maladie qui ne se voit pas » était un premier défi.

Autre enjeu : le tabou portant sur l’instinct maternel et la tendance qui en découle à juger sans appel celle qui en serait dépourvue. La difficulté à dire et à reconnaître la forme de dépression dont souffre Rebecca est à la mesure de la pression sociale concernant les femmes, « l’innéité » de l’amour maternel et le modèle de la « bonne mère ». Mais Emily Atef filme Rebecca avec empathie et nous fait partager sa détresse : « C'est une maladie, dit-elle, on ne juge pas quelqu'un qui a un cancer ».

Au-delà de la maladie de Rebecca, L’Étranger en moi, c’est aussi « l'histoire d’un jeune couple amoureux qui dégringole » : l’aveuglement puis l’incompréhension de Julian, généreux mais complètement dérouté, sont très bien rendus… De même pour les autres personnages qui font l’environnement familial et social des jeunes gens : leur intervention élargit le propos du film à la question de la construction personnelle des individus au regard de leur histoire familiale et des rôles sociaux qui en sont attendus. Et c’est finalement, après les affres du doute et de la haine de soi, une forme de (re)naissance que l’on peut entrevoir…

Alain Le Foll
Allemagne, 2008
1h35

Réalisation : Emily Atef
Scénario : Emily Atef, Esther Bernstorff
Photographie : Henner Besuch
Interprètes : Susanne Wolff, Johann von Bülow, Maren Kroymann, Hans Diehl Elise, Judith Engel
Distribution : Jour2fête
Critique - critikat.com
Critique - lemonde.fr
Dossier - commeaucinema.com
Entretien avec Emily Atef - evene.fr
Site du film (Allemand)
Site gyneweb.fr - Les réactions dépressives du post-accouchement
Site maman-blues.fr

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