Enter the Void


Le film de Gaspar Noé, comme son titre l’annonce (Entrez dans le vide), nous invite à « vivre » un voyage hors du commun - deux voyages, même : le trip psychédélique d’un jeune homme sous DMT d’abord - puis, après sa mort prématurée, l’errance de son âme en quête de réincarnation.

Une expérience inédite pour la plupart des gens, à la fois fascinante et éprouvante sur le plan sensoriel et psychologique.

Oscar vit à Tokyo où Linda, sa sœur adorée, l’a rejoint depuis peu : il vend et consomme de la drogue, elle danse dans une boîte de strip-tease. Un rendez-vous avec un client était un piège : Oscar est abattu par la police dans les toilettes d’un bar. Il revoit, pendant son agonie, certains événements de sa courte vie, puis son âme gagne des limbes où elle attend, comme le veut le Livre des morts Tibétains, soit d’accéder au Nirvana, soit de se réincarner pour une nouvelle vie terrestre.

Tout cela est vu « subjectivement », dans ce qui nous apparaît comme un seul et même mouvement de caméra, d’abord par les yeux d’un Oscar défoncé à travers lesquels nous vivons les moments qui ont précédé sa mort, puis par son « esprit » se séparant de son corps lors de son agonie, et par son « âme » enfin, qui traverse le temps et l’espace, pénètre les objets et les êtres, suit Linda et ses relations d’avant dans un Tokyo nocturne, saturé de flashes et de néons, à la recherche de ce que son karma lui réserve.

L’éblouissante technique de réalisation de ce long film hallucinatoire, son univers esthétique, image et son - ce dernier signé Thomas Bangalter, l’un des Daft Punk - valent déjà pour leur parfaite maîtrise et leur originalité : c’est du jamais vu, sans doute, sur un long métrage. Quant au contenu : on a pu moquer le « mélo naïf », des clichés, rejeter des scènes glauques ou « destinées à choquer » ; pourtant, une fois accepté de « jouer le jeu » du trip, de l’âme, et de la réincarnation - comme le fait Noé lui-même, qui se dit « matérialiste » et n’adhère pas à ces croyances (il s’y intéresse et les traite en tant que fantasmes parmi d’autres, tel celui d’assister à sa propre mort et à sa propre... conception) - il est difficile de ne pas être troublé par cette inquiétude qui traverse tout le film : le mystère (ou si l’on préfère : le hasard) de la naissance et de la mort, celui de l’attachement… et la tragédie du deuil, la recherche du plaisir au risque de l’autodestruction, le sexe et l’excès...

Cette œuvre forte et transgressive, qui sort un an après sa présentation houleuse à Cannes, ne peut laisser indifférent. Elle a déjà trouvé autant de défenseurs passionnés d’un « chef d’œuvre » que de contempteurs définitifs d’un prétendu « nanar puéril » : elle deviendra probablement culte !

Alain Le Foll
France, 2009
2h30

Réalisation et scénario : Gaspar Noé
Photographie : Benoît Debie
Interprètes : Nathaniel Brown, Paz de la Huerta, Cyril Roy,  Masato Tanno, Olly Alexander
Distribution : Wild Bunch Distribution


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Critique - anglesdevue.com
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