Vincere


Dans la vie du dictateur fasciste italien Mussolini, il y eut (au moins) un secret : une femme, Ida Dalser, et l’enfant qu’ils ont eu ensemble, Benito Albino…

Avant la Première guerre mondiale, Ida Dasler, une jeune femme émancipée, de bonne famille, tombe éperdument amoureuse de Benito Mussolini, fougueux orateur pacifiste du Parti socialiste et éditorialiste à L’Avanti. Devenu favorable à la participation de l’Italie à la guerre, Mussolini démissionne de L’Avanti et fonde Il Popolo d’Italia : c'est Ida, totalement acquise à sa cause, qui fournit l’argent…

Mussolini l’épouse religieusement et, alors qu’il est au front, elle met au monde un fils qu’il reconnaît. Or, un mois plus tard, il se marie civilement avec Rachele Guidi, dont il a déjà une fille née en 1910 - et qui restera jusqu’à la mort du Duce son épouse modèle, c’est-à-dire, selon la norme fasciste, la « mère de ses enfants ». Ida, abandonnée, trahie et spoliée, crie au scandale, se bat jusqu’au bout - tandis que Mussolini use de tous les moyens, surtout après son arrivée au pouvoir, pour effacer les traces de leur union, réduire Ida au silence et la séparer de son fils, également bâillonné et détruit.

Vincere raconte cette histoire. C’est une fresque grandiose, accompagnée par la puissante musique de Carlo Crivelli qui lui donne l’allure et la force d’un opéra. Cette force (ou cet excès ?) est à la mesure du destin tragique d’Ida (magnifique Giovanna Mezzorgiono), de la passion qui la dévore, de son combat désespéré - à la mesure aussi de la violence et de la folie fascistes et du personnage de Mussolini, avec ses bombements de torse ridicules, ses harangues belliqueuses, son ivresse du pouvoir, sa capacité de destruction… et ce qui entre dans son parcours, dès l’origine, de trahison, d’imposture, de vol, et de calcul.

À noter qu’à partir de l’abandon d’Ida - vers le milieu de ce film où le cinéma occupe une place importante - Mussolini n’apparaît plus qu’à travers des images d’archives, c'est-à-dire sous la forme de l’idole « réelle » qu’il est devenu, notamment grâce aux « actualités » : « Mussolini est l’un des premiers hommes politiques à avoir eu l’intuition de l’importance de l’image et de sa propre image », dit Marco Bellocchio, qui laisse au spectateur la liberté de penser à de possibles « résonnances actuelles »...

Alain Le Foll
Italie, 2008
2h10

Réalisation et scénario : Marco Bellocchio
Photographie : Daniele Cipri
Musique : Carlo Crivelli
Interprètes : Giovanna Mezzogiorno, Filippo Timi, Fausto Russo Alesi, Michela Cescon, Pier Giorgio Bellocchio, Corrado Invernizzi, Paolo Pierobon
Distribution : Ad Vitam
Critique - cineclubdecaen.com
Critique - critikat.com
Critique - laternamagika.wordpress.com
Critique - lesinrocks.com
Dossier - commeaucinema.com
Entretien (vidéo, 12 min.) avec Giovanna Mezzogiorno - telerama.fr
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Site du film (Italien)

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