Tierra




"Julio Medem revient au thème du double... L'histoire de ce désinsectiseur envoyé dans une région isolée avec pour mission d'éradiquer la cochenille, qui donne au vin local un goût de terre, n'est en effet que le prétexte au parcours initiatique d'un schizophrène décidé à se débarrasser de ce second lui-même qui ne cesse d'interférer dans ses actions les plus quotidiennes. Illustration de ce conflit intérieur, le protagoniste tombe amoureux de deux femmes au tempérament opposé : une douce et blonde mère de famille et une jeune rouquine peu farouche. Que le mari de la première soit l'amant de la seconde complique passablement l'intrigue, mais renvoie surtout à la dualité du héros, exprimée physiquement à l'écran. De même les superbes prises de vues de Javier Aguirresarobe (collaborateur de Victor Erice sur Le Songe de la lumière) assimilent l'étrange "désert rouge" où se situe l'action à un espace mental voué à l'affrontement de la terre et du feu" (Philippe Rouyer - Positif)

Le réalisateur

Julio Medem, né à San Sebastian en 1958, s'est orienté ver sle cinéma après des études en psychiatrie. Sa formation le pousse à privilégier des personnages déséquilibrés, traversés de moments de folie. Il construit ses films en s'appuyant sur une atmosphère émotionnelle, créant ses histoires à partir d'images pour aller de l'extérieur vers l'intérieur, de l'apparence au contenu. Tierra est son troisième long métrage après Vacas (1991) et La Ardilla roja / L'Ecureuil rouge (1993).

Julio Medem et ses personnages

"Il y a 7 ans, j'ai écrit un scénario intitulé Marie sur la terre, inspiré de la vieille légende basque La Dame d'Amboto. A cette occasion, j'ai imaginé le personnage d'une adolescente très "animale" capable d'attirer n'importe quel mâle par son odeur, y compris cerfs et sangliers. Puis j'ai délimité son territoire : un espace géologique aride et sans végétation.

De cette histoire originelle ne subsistent que le lieu, changé depuis en un paysage vallonné parsemé de vieilles souches dénudées, où la terre est rouge, et le personnage de Marie...

Lorsque je me suis mis à écrire l'histoire de Tierra l'année dernière, j'ai tout de suite créé un personnage masculin doté d'une imagination débordante, presque surhumaine, et dont la vision plus cosmique et déracinée de la vie est diamétralement opposée à celle de Marie. Angel, c'est son nom, est de surcroît habité par un être qui lui parle depuis la nuit des temps, il y a de cela plus de 20 millions d'années...

Angel et marie représentent les deux pôles fondamentaux qui existent au sein d'une même personne : la stabilité émotionnelle face à l'aventure, le futur contre le présent, la métaphysique contre le physique, le cosmos ou la terre, la folie ou la sagesse, l'amour-sexe ou le sexe-amour... On les parcourt par des chemins banals, balisés et poussiéreux pour en arriver à une conclusion anti-mystique : la mort n'est rien, et y penser est une pure perte de temps. L'unique transcendance possible se trouve dans la vie, dans la "terre"."
Espagne, 1996
2h

Réalisation et scénario : Julio Medem
Photographie : Javier Aguirresarobe
Musique : Alberto Iglesias
Interprètes : Carmelo Gómez, Emma Suárez, Karra Elejalde, Silke, Nancho Novo, Txema Blasco
Distribution : Colifilms

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