La Chimère des héros




La plus grande vertu du film de Daniel Rosenfeld, c'est d'avoir l'intelligence de laisser venir à lui son sujet, dans un lent et remarquable travail de dévoilement. Son sujet ? Un curieux homme blanc qui, dans la jungle de Formose en Argentine, se fait l'entraîneur d'un club de rugby aborigène, dont les membres font partie d'une tribu marginalisée par la société. Si l'homme, Edouardo Rossi, est si curieux, c'est aussi parce qu'il éprouve une fascination pour les armes et autres engins militaires de la Wehrmacht. Comment raccorder ces deux images ? Entre le paternalisme altruiste de l'entraîneur et sa passion douteuse pour l'armée nazie existe-il une solution de continuité ? Pas à pas, l'homme nous raconte son histoire dont les différents épisodes font apparaître un trajet singulier. Le cinéaste filme littéralement à hauteur d'homme, jamais il ne se laisse aller à une prise de position quelconque sur son sujet. Ce qui l'intéresse c'est la façon dont les choses circulent et se transforment, comment les expériences se sédimentent pour aboutir à cette étrange personnalité. L'ambiguïté en tant que sujet n'effraye jamais Daniel Rosenfeld qui interroge en creux l'Argentine elle-même à travers ce corps si tiraillé. La Chimère des héros, ce titre sonne, au sortir du film, comme une conclusion tout à la fois désenchantée et apaisée.

Jean-Sébastien Chauvin
Argentine, 2003
1h10

Réalisation : Daniel Rosenfeld
Scénario : Daniel Rosenfeld, Eugenia Capizzano, Edgardo Cozarinsky
Photographie : Ramiro Civita

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