Personne ne parlera de nous quand nous serons mortes
(Nadie hablara de nosotras cuando hayamos muerto)




Gloria, mariée à un torero promis à un avenir brillant, a tout pour être heureuse. Pourtant, lors d'un combat, une grave blessure plonge Juan dans un coma profond, et son destin bascule. Elle sombre dans l'alcoolisme et fuit vers le Mexique pour abandonner la misère. Là-bas, elle se trouve contrainte à la prostitution pour survivre. Mêlée par hasard à un règlement de comptes entre mafieux mexicains et policiers américains, elle est expulsée et retrouve Madrid et son passé. Pour lutter contre la pauvreté et la mort, Gloria ne peut compter que sur un carnet d'adresses de la mafia mexicaine et sur sa belle-mère, doña Julia, qui s'efforcera de lui réapprendre dignité et espoir.

Le spectacle de la violence en question

Les critiques sont souvent virulentes face à ce premier film d'Agustin Diaz Yanes : on lui reproche, pêle-mêle, un scénario ambitieux mais une mise en scène trop complaisante (?), "des scènes de violences inutilement insupportables" (selon Le canard enchaîné), une réalisation jouant sur tous les tableaux (thriller violent, mélodrame tire-larmes, incohérence, outrance...).

La critique a du mal à situer ce film : effectivement, il ne ressemble pas à ce qu'on est habitué à voir. Le film est violent, avec des scènes insupportables, certainement, mais pas gratuites, alors que nous sommes abreuvés d'une violence filmée complaisamment, à l'américaine. La mise en scène de Agustin Diaz Yanes ne se réduit pas à des effets esthétiques, pimentés, spectaculaires. Elle est bouillonnante, ne recule pas devant les paradoxes : elle puise aussi bien dans le thriller, la tragédie, la comédie, le mélodrame, la philosophie. Les références cinématographiques sont brouillées mais cette confusion est un foisonnement qui donne le rythme du film.

Cela nous renvoie brutalement à l'aspect malsain du spectacle de la violence, la nôtre, celle de la vie, et peut-être au questionnement sur la nature de la violence quand on se dépêtre dans le désespoir et la pauvreté. L'insupportable est vraisemblablement dans ce miroir.

Ne nous oubliez pas... C'est le poids du passé individuel, collectif, perçu ou pas , hier, aujourd'hui. C'est aussi la pauvreté et la richesse mafieuse, où les personnages naviguent entre cynisme et naïveté, désespoir et espoir, culpabilité et lucidité, oublie et mémoire, oppression et liberté. Une ébullition qui naît des aléas, des paradoxes et des rencontres de la vie.

La mort du mari, torero célèbre ; la déchéance d'une femme brisée, Gloria ; un chef de la mafia mexicaine, un tueur ne pouvant plus tuer ; une belle-mère, doña Julia, rongée par la nostalgie et cherchant sa dignité ; la famille, les proches dans la dureté et l'indifférence du quotidien ; le milieu populaire de Madrid où ont vécu et vivent les protagonistes... tous s'affrontent, se retrouvent, meurent, mais surtout elles, les femmes, ne veulent pas oublier, ne veulent pas qu'on les oublie...

Ces personnages sont campés par des comédiens en ébullition et particulièrement Victoria Abril (Gloria) qui s'y est littéralement jetée (dixit la comédienne) et s'y est exposée comme dans aucun de ses rôles.

Lucidité et force d'un film dans un monde qui fait l'éloge de la nostalgie tout en s'aveuglant dans l'oubli et en s'apprêtant à tous les renoncements pour perpétuer les horreurs dans le nivellement de notre sensibilité.
Espagne, 1996
1h45

Réalisation et scénario : Agustin Diaz Yanes
Interprètes : Victoria Abril, Federico Luppi, Pilar Bardem, Daniel Gimenez Cacho, Ana Ofelia Murgia, Guillermo Gil, Marta Aurer

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