Matador




Almodovar est sans aucun doute le cinéaste du désir (ou précisément de la pulsion). Depuis Le Labyrinthe des passions jusqu'à Kika, il n'a cessé d'en décliner les formes. Avec Matador (dédié à Buñuel : c'est tout dire !) il propose encore une fois un spectacle flamboyant, soutenu par une réflexion ambitieuse.

Au-delà de l'anecdote policière

Certes, il s'agit, d'abord, d'une enquête policière puisque la police recherche l'assassin de deux jeunes filles, et ce malgré les aveux spontanés d'Angel Gimenez, un jeune torero, disciple du célèbre Diego Montes.

Nous devinons en fait rapidement qui sont les assassins. Mais ce n'est pas grave car l'intérêt du film est tout autant dans la richesse thématique que dans l'investigation du commissaire. En effet, à travers l'anecdote bien ficelée, le réalisateur cherche à parler de ce qui le touche.

D'abord la religion. Almodovar règle, encore une fois, ses comptes avec l'Eglise. Ainsi qu'il le dit lui-même : "je savais que les prêtres ne parlaient pas de moi. Je me disais : j'appartiens au monde du péché, de la dégénérescence."

Dans Matador, Angel (l'Ange...) a du mal à échapper à l'emprise castratrice, fanatique de l'Opus Dei, tout entière soumise au prêtre au point de "générer un complexe de culpabilité terrible". L'aveu d'Angel n'est-il pas, dès lors, le meilleur moyen pour lui de satisfaire sa génitrice et de la fuir ?

Relations troubles... Troublantes relations, qui ne se limitent pas au seul couple mère / fils. La mise en scène s'attache aussi - surtout - aux relations ambigües entre Angel, son avocate et Diego Montes. Attraction / répulsion se combinent pour donner une curieuse danse au cours de laquelle les différences s'estompent. "Les pulsions sexuelles s'apparentent à des pulsions de mort, selon un rituel qui est censé reproduire celui de la tauromachie" (Jacques Siclier). Ainsi, en réalisant Matador, Almodovar parle-t-il de la vie, de la vie et de la mort, de lam ort dans la vie...

"Quand j'ai commencé à écrire Matador, je voulais faire un film sur la mort, la mort que je ne peux ni comprendre, ni accepter." (Pedro Almodovar)
Espagne, 1986
1h45

Réalisation et scénario : Pedro Almodovar
Photographie : Ángel Luis Fernández
Musique : Bernardo Bonezzi
Interprètes : Assumpta Serena, Antonio Banderas, Carmen Maura, Nacho Martinez, Eva Cobo
Distribution : Les Films sans frontières

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