L'Esprit de la ruche
(El espiritu de la colmena)




Un film mystérieux comme l'enfance

Au générique, une succession de dessins d'enfants annonçant le monde où nous allons pénétrer : celui de l'enfance. Un petit village de la meseta castillane en 1940. Une camionnette arrive. Tout paraît calme. Des enfants excités se précipitent : le cinéma ambulant est là. Les habitants du village viennent pour la plupart assister à la projection du Docteur Frankenstein de James Whale (1931). Chacun apporte sa chaise, voire son brasero. Le film peut commencer. Dans l'assistance deux fillettes, deux soeurs - Isabel l'aînée et Ana la cadette - découvrent avec effroi la "créature" du Dr Frankenstein. Parallèlement, nous découvrons le père, Fernando, s'occupant de ses ruches puis, dans le silence pesant d'un e grande maison bourgeoise, la mère, Teresa, écrivant une lettre à un amant (imaginaire ?). dans la nuit, Ana, chuchotant, demande à sa soeur pourquoi le monstre a tué la petite fille. Isabel lui raconte qu'elle peut le voir vivant près du village. L'imagination d'Ana s'enflamme ; elle va projeter ce personnage dans son quotidien...

Le Goût du fantastique greffé sur le quotidien

On a trop facilement rapproché L'Esprit de la ruche du film de Saura, Cria cuervos (où nous retrouvons deux ans plus tard Ana Torrent, la fillette aux grands yeux noirs). Victor Erice est plus marqué par le goût du fantastique greffé sur le quotidien.

L'histoire de Frankenstein sert de colonne vertébrale mythique et symbolique à la construction du film. C'est plutôt l'atmosphère, avec son climat secret, un peu mystérieux, qui frôle le fantastique.

On peut voir dans L'Esprit de la ruche une image de l'Espagne après la guerre civile : le silence, l'enfermement des personnages, le père absorbé par ses ruches, parfois les champignons, la mère accrochée à un passé secret. Seules évasions possibles : l'apiculture, l'écriture, le cinéma.

Un appel à l'imaginaire

L'Esprit de la ruche est un film assez silencieux qui fait appel à l'imagination des spectateurs et autorise bien des lectures. Si plusieurs scènes peuvent apparaître comme des métaphores (l'apiculteur anesthésiant les abeilles pour mieux les contrôler : l'Espagne soumise au caudillo ?) ou des images comme des ymboles (maison déshumanisée), il n'en reste pas moins que L'Esprit de la ruche est avant tout une réflexion, une exploration sur le mystère, l'énigme de l'enfance. A travers la rencontre d'Ana et du monstre de Frankenstein Victor Erice évoque une petite fille qui s'interroge sur le mal, la mort, la différence.

Pour Erice "ce n'est pas un film narratif mais plutôt une oeuvre qui a une structure lyrique et musicale et dont les images se situent au coeur d'une expérience mythique".

Images (ô combien importantes, belles et obsédantes) de la rencontre de la créature de Frankenstein avec Ana, qui éclairera tous les agissements de la petite fille. Rêve, imagination, fantastique. Film fascinant, mystérieux et énigmatique comme l'enfance.
Espagne, 1973
1h40

Réalisation : Victor Erice
Scénario : Victor Erice, Ángel Fernández Santos, Francisco J. Querejeta
Photographie : Luis Cuadrado
Musique : Luis De Pablo
Interprétes : Ana Torrent, Fernando Fernan Gomez, Teresa Gimpera, Isabel Telleria
Distribution : Carlotta Films

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