Tu n'aimeras point
(Einaym Pkuhot)


Un quartier ultra orthodoxe de Jérusalem, Mea Shearim probablement. Aaron vient de perdre son père et reprend seul la boucherie familiale. Le boucher, dans un tel quartier, est celui par qui la viande est rendue pure conformément à la cacherouth. Aaron a quatre enfants.

Sa femme Rivka et lui vivent dans un sentiment religieux profond et suivent les prescriptions (mitzvot) de la Torah dans le plus grand respect de la tradition rabbinique.

Cet équilibre mortifiant va être ébranlé par l'arrivée d'Ezri, un bel étudiant qu'Aaron recueille au début du film. Très vite, une relation privilégiée se tisse entre eux jusqu'à devenir une passion charnelle évidemment interdite, évidemment insupportable pour la communauté. Car ici tout se sait et tout est régulé par le groupe.
Pour Aaron, il s'agit d'un drame personnel. Il se voit succomber à la tentation alors que la mitzvot 25 dit de « ne pas suivre les caprices du cœur ou de ce qui s'offre à la vue des yeux » et que rien dans les prescriptions orthodoxes ne prévoit l'éventualité de relations homosexuelles. En même temps, il sent que cet amour impur lui apporte du bonheur et de la vie. Il confronte ainsi sans cesse sa croyance à son désir.

Sans en dire plus sur l'intrigue, on peut souligner que ce film décrit assez précisément l'organisation et le fonctionnement d'un tel quartier ultra conservateur, où tout ce qui représente un danger pour une vie dédiée à l'étude et au respect de la Torah est chassé. Il s'agit ici d'un relation homosexuelle, qu'elle soit plausible ou non finalement importe peu. La mise en scène, classique et bien maitrisée, nous entraine dans un univers austère et assez étouffant d'une manière très efficace. A travers ce premier film, Haim Tabakman nous fait ressentir une situation paradoxale : « des personnages terriblement seuls et, en même temps, dans l'impossibilité d'être véritablement seuls ».

Le titre anglophone du film « Eyes wide open » (Les yeux grand ouverts), moins pesant que le titre en français semble plus subtile : il dit le poids du regard dans le film, le regard des autres, le regard entre amants pleins de désirs à qui l'on demande de fermer les yeux sur les instants de vie que leur procure l'amour.

Armelle Pain
Israël, 2009
1h30

Réalisation et scénario : Haim Tabakman d'après une histoire originale de Merav Doster
Photographie : Axel Schneppat
Musique : Nathaniel Mechaly
Interprètes : Zohar Strauss, Ran Danker, Tinkerbell, Tzahi Grad, Isaac Sharry, Avi Grayinik, Eva Zrihen-Attali
Distribution : Haut et court

Critique - cafe-geo.net
Critique - critikat.com
Critique - lemonde.fr
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Dossier - commeaucinema.com
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