Adieu Gary


Au milieu de nulle part, une cité ouvrière vidée de sa population depuis quelques années déjà voit s’écouler des journées vides sous un soleil écrasant. Pourtant, certains habitants ont décidé d'y rester, plus par choix que par nécessité, parce que c'est là qu'ils sont nés et qu'ils ont grandi.

Parmi eux il y a Francis, l'ouvrier licencié de son usine, Samir, son fils, qui revient dans le quartier après une longue absence mais aussi Maria, la voisine, vivant seule avec son fils José qui veut croire que son père est Gary Cooper. Il va donc l'attendre tous les jours dans la rue de ce no man's land contemporain. Et puis les autres…

Adieu Gary est le premier long métrage de Nassim Amaouche. Né en 1977, il suit des études de sociologie puis intègre l'Institut International de l'Image et du Son. En 2003, il signe le court métrage De l’autre côté, présenté à la Semaine de la Critique à Cannes (déjà...) et dans de nombreux autres festivals. En 2005, il réalise Quelques miettes pour les oiseaux, documentaire tourné à la frontière entre la Jordanie et l'Irak, sélectionné entre autres à Locarno et Venise, et présenté lors des Reflets du cinéma consacrés aux Frontières en  2007.

"Adieu Gary parle de la fin d'une certaine époque ouvrière... et du début d'une autre, d'une transformation. Le décor du film devait en être ce double reflet sans surligner mon propos... J'ai longtemps cherché et fini par trouver la Cité Blanche du Teil, en Ardèche, une cité ouvrière construite par le groupe Lafarge au début du siècle, qui a compté jusqu'à 1200 habitants et n'en abrite plus que 4 aujourd'hui. Elle porte tous les stigmates d'une époque révolue en étant toutefois encore habitée. Sa rue principale qu'on jurerait sortie d'un décor de western a fini de me convaincre totalement. Je n'avais quasiment rien à réécrire, à peine à adapter. C'était là-bas et pas ailleurs qu'il fallait tourner…

"Je voulais faire un film en prise directe avec une réalité sociale sans m'interdire quoi que ce soit au niveau formel, ne pas forcément aller vers le naturalisme absolu parce que mes personnages sont issus du monde ouvrier. Je comprends les réticences "morales" de certains réalisateurs qui ne veulent pas esthétiser la misère ; mais pourquoi s'interdire de "rendre beaux" ceux qui y vivent ? Les prolos ont eux aussi droit aux projecteurs, aux travellings et au 35 mm. La morale est pour moi la recherche d'une certaine vérité et la vérité n'est pas nécessairement la vraisemblance (...) La tendresse n'est pas un gros mot à mes yeux. Je l'assume totalement (...) Ma plus grande fierté serait d'avoir raconté une histoire qu'on peut trouver gentille, sucrée mais qu'au final, pendant le générique, les spectateurs se disent que le bonbon avait un arrière-goût acidulé."

Nous avons découvert cette petite perle qu’est Adieu Gary à Cannes en mai dernier. Son ambiance (ce lieu complètement insolite), ses acteurs (au ton très juste), sa musique (du trio palestinien Joubran), son histoire nous poursuivent encore. Voilà du cinéma français que nous aimons : de l’humour, de l’absurde, un questionnement sur le futur complètement actuel, beaucoup de sensibilité, de mélancolie et d’humanité. Et une pincée de comédie…

Michèle Glémain
France, 2009
1h15

Réalisation et scénario : Nassim Amaouche
Photographie: Samuel Collardey
Interprètes : Jean-Pierre Bacri, Dominique Reymond, Yasmine Belmadi (jeune comédien de 33ans décédé dans un accident de scooter le 20 juillet dernier)
Distribution : StudioCanal

Grand Prix de la Semaine de la critique
à Cannes en 2009
Critique - critikat.com
Critique - lemonde.fr
Critique - lesinrocks.com
Critique - liens-socio.org
Critique - telerama.fr
Dossier - commeaucinema.com
Hommage à Yasmine Belmadi
Site du film

accueil - programmations - festival reflets du cinéma - éducation au cinéma - autres projets - liens - infos pratiques