La Terre abandonnée
(Sulanga Emi Pinisa)




La vie de quelques personnes, sur une terre hésitant entre guerre et paix. Anura, soldat désabusé, semble délaisser sa femme Lata, qui s’offre à un autre combattant. Soma, la sœur d’Anura, vit avec le couple et leur fille Batti, et cherche désespérément l’amour, subissant le poids d’une terre aride qui ne laisse envisager aucun salut. Batti écoute un vieillard mystérieux lui raconter les légendes du pays. Autour d’eux, la vie quotidienne oscille entre monotonie et morosité, petites aventures misérables et bouffées d’humanité. Lieux étranges, expériences décousues, épreuves insupportables : y a-t-il encore place pour l’espoir ?

« Ni guerre ni paix, juste le vent souffle.
Dieu est absent mais le soleil se lève encore
Sur une maison isolée entre deux arbres, en terre abandonnée.
Une main sort de l’eau et mendie de l’aide.
Une femme venue d’une légende cherche l’amour.
Un soldat tue un inconnu, la culpabilité le tenaille. »


Après un documentaire très remarqué sur les victimes de la guerre civile au Sri Lanka (The land of silence), le jeune réalisateur Vimukhti Jayasundara (27 ans) signe une première fiction étonnante, qui a été l’une des plus belles surprises du dernier festival de Cannes (il y a obtenu la Caméra d’or, en même temps que Miranda July pour le film Moi, toi et les autres, que nous présentons également ce mois-ci en Mayenne). Le film se situe dans un monde après une catastrophe (la guerre civile, jamais clairement désignée) qui a ravagé la terre et les âmes qui la peuplent. Il est construit en longs plans-séquences, bouleversés par l’irruption d’images et de dialogues souvent énigmatiques, par la présence latente des légendes ancestrales, par les embardées de la violence et du désir. Il peut déconcerter, mais il ne laissera aucun spectateur indifférent.

« Si La Terre abandonnée a quelque chose à voir avec l’histoire de mon pays, c’est surtout quand il exprime ce sentiment d’insécurité d’être à la fois sans guerre et sans paix, entre les deux. C’est cette atmosphère étrange que je voulais saisir.

Le cinéma est pour moi un moyen idéal pour exprimer le stress mental que l’indécision et le vide distillent dans la vie des gens. Avec ce film, j’ai voulu examiner l’isolement émotionnel dans un monde où la guerre, la paix, Dieu, sont devenus des notions abstraites. » (Vimukhti Jayasundara)

Antoine Glémain
Sri Lanka, 2004
1h50

Réalisation et scénario : Vimukhti Jayasundara
Photographie : Channa Desha Priya
Musique : Nadeeka Guruge
Interprètes : Mahendra Perera, Kaushalya Fernando, Nilupili Jayawardena, Hemasiri Liyanage, Saumya Liyanage
Distribution : Tadrart Films

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